Les sociétés et le changement

S’il est difficile pour des individus d’accepter les changements, que dire alors des sociétés?  Une société est un amalgame d’individus ayant des intérêts divergents mais qui acceptent de respecter des règles communes de façon à assurer la continuité de la société.  Bien plus que les individus, les sociétés ont tendance à résister farouchement à tout changement majeur.  Les moeurs, les coutumes et les cultures qui imprègnent, et définissent tout à la fois les sociétés, font qu’il est très difficile pour ces dernières de changer radicalement.  Cela explique en bonne partie pourquoi de façon systématique les sociétés apparaissent, croissent et meurent.  Tout comme les grands Sauriens auparavant, elles ne savent pas comment s’ajuster à de nouvelles réalités jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Le changement dans les sociétés est rarement graduel.  Dans certains cas, la résistance est telle que rien ne change jusqu’au moment où les pressions internes et externes font exploser le système.  Plus un système a résisté aux changements et plus les individus qui le composent ont hâte que les changements aient lieu.  Pour eux le changement tant attendu ne se produit jamais assez rapidement et, malheureusement pour les individus, tout le monde perd le contrôle de ce qui change et de quand cela change.  Les souffrances qui accompagnent de tels changements sont souvent aussi inutiles qu’inhumaines.  Sans s’en apercevoir, les gens ne réalisent pas qu’il y a un coût à l’ordre nouveau et à la liberté.  Une explosion de société c’est un peu comme si la lumière du jour venait frapper des yeux maintenus dans la noirceur depuis des années.

Ce qui est intéressant, lorsque l’on examine le changement dans les sociétés, c’est que plusieurs groupes croient être les seuls à pouvoir instaurer un changement positif et durable.  Les groupes s’accusent mutuellement des mêmes délits et agissent tous à partir de la prémisse qu’eux seuls détiennent « LA SOLUTION ».  De même ils supporteront tout changement en autant qu’ils en sont les maîtres-d’oeuvre.

Les changements dans les sociétés sont rendus particulièrement difficiles parce qu’il faut faire appel au consensus de masse ou qu’il faut agir de façon dictatoriale.  Le premier processus consiste à s’assurer l’appui des masses par des moyens de communication alors que le second s’assure l’appui par la contrainte physique ou la menace.

Dans nos sociétés occidentales convaincre, par des moyens de communication, prend le pas sur la force physique.  Cela revient donc à dire que les changements s’inscrivent dans un environnement où les différences sont marquées et même encouragées.  Il ne faut donc pas se surprendre de voir des dialogues s’éterniser sans grande chance d’en arriver à un consensus.  D’ailleurs il est intéressant de noter que la très grande majorité de ces dialogues est basée non pas sur les points en commun mais bien sur les différences.  À coup sûr, on évite d’en arriver à une solution acceptable pour tous les participants.

Nous avons déjà mentionné qu’il était difficile pour une entreprise d’entreprendre des changements majeurs.  Eh bien cette difficulté se retrouve sur une plus grande échelle dans les sociétés modernes.  Prenons par exemple les gouvernements et le système de taxation.  Tout le monde sait qu’un système de taxation, aussi honnête soit-il, sera toujours injuste.  Il sera injuste car certaines personnes seront épargnées alors que d’autres seront lourdement touchées. Si la mode aujourd’hui consiste à se plaindre de la trop grande charge de taxes, curieusement, personne ne se plaint d’avoir trop de services!  Si l’on suppose que le gouvernement puisse sabrer dans ses dépenses par 30% sans affecter les services rendus, est-ce que cela suffirait à abaisser les taxes ou simplement à abaisser le déficit?

Les grandes questions de société ne sont jamais simples car il est très difficile de contenter tout le monde.  L’ampleur des enjeux, les risques de gains ou de pertes, les opinions diverses… tout s’en trouve décuplé.  Il est tellement difficile d’instaurer des changements durables dans une société qu’il faut souvent attendre qu’une catastrophe se produise pour qu’il y ait réaction.