Les changements technologiques (suite)

Comme bien d’autres modes, le virage technologique est présenté aux gestionnaires comme l’outil par excellence pour résoudre la très grande majorité de ses problèmes.  Cependant, comme dans toutes les modes, on se garde bien de dire que la solution entraîne avec elle des changements qui sont souvent plus problématiques que les problèmes de départ eux-mêmes.  Par exemple, la technologie permet d’atteindre des niveaux d’efficacité ou de productivité jamais atteints auparavant; mais la technologie crée de très fortes pressions sur toute l’organisation.  Quelques fois, l’introduction d’une nouvelle technologie ressemble à l’ingestion massive d’un médicament dans l’organisme vivant.  Le phénomène de rejet, que l’on peut associer à la pression financière et à la résistance aux changements, mène souvent l’aventure technologique à un cul-de-sac qui affaiblit tout l’organisme et qui touche surtout les gestionnaires.  Très souvent, ils sont accusés de l’échec alors qu’en fait, ils n’ont fait qu’appliquer une solution qu’on leur assurait être infaillible.

Les nouvelles technologies sont nécessaires voir même essentielles pour quiconque désire livrer une dure bataille à la concurrence internationale.  C’est par la technologie que des petits groupes pourront se battre sur le terrain des méga-corporations.  Les changements technologiques permettent d’abaisser les coûts de production, d’accroître la productivité, de développer de nouveaux produits plus rapidement, d’harmoniser plus facilement les produits existants avec les besoins des marchés.

Lorsque l’impact des nouvelles technologies est mal calculé, ces dernières sont mises de côté.  Le commentaire général est que « cela ne marche pas car il y a loin de la théorie à la pratique ».  En fait, le problème n’est pas tant que la technologie n’est pas fonctionnelle mais que les gestionnaires n’ont pas su transformer l’organisme avant l’injection « du médicament ».

Les changements technologiques exigent une très grande ouverture d’esprit de la part des gestionnaires et des travailleurs.  Cependant, la pression repose sur les épaules des gestionnaires puisque ce sont eux qui doivent contrôler le processus de mise en oeuvre et d’utilisation de la nouvelle technologie.  S’ils refusent de participer activement aux changements, ou s’ils entretiennent des doutes quant à la pertinence de l’utilisation des dites technologies, l’aventure est vouée à l’échec.

Les nouvelles technologies sont souvent synonymes d’équipements faisant largement appel à l’électronique et c’est sans doute ce qui complexifie le débat.  En fait, la notion de nouvelle technologie devrait plutôt englober toute modification qui vise à améliorer le rendement de l’entreprise.  Un indexeur mécanique, un chariot autoporteur, une réorganisation de la façon de faire, sont tous des exemples d’améliorations technologiques faciles à mettre en place.

Évidemment, nous sommes bien loin des changements technologiques de prestige.  Cependant, ces changements ont la qualité de préparer lentement les mentalités à accepter les changements technologiques plus poussés et permettent souvent de prouver que « changement technologique » ne signifie pas toujours « pertes d’emplois ».  C’est justement à cette adéquation que doit faire face le gestionnaire.  Lorsque les gens croient que le changement leur sera défavorable, bien peu se sentent d’humeur à assister l’entreprise dans ses démarches.  Dans le cadre des changements technologiques, le gestionnaire devient donc un agent de changement en autant qu’il puisse lui-même accepter les changements à venir car, trop souvent, il entrevoit tout ce qu’il pourrait perdre tant du point de vue social que financier et même au niveau du pouvoir.

Le fait que l’on donne des responsabilités à un gestionnaire ne change rien au fait qu’il ou elle est un individu qui a des qualités mais aussi des défauts.  Cet individu sait se faire haïr ou aimer selon les circonstances.  Il sait poursuivre des objectifs personnels qui cadrent ou non avec ceux de l’entreprise.

Il est un individu finalement qui, souvent malgré lui, fera passer ses vues personnelles même si en bout de ligne elles peuvent nuire à l’entreprise.  Il existe des organisateurs nés et des leaders naturels mais, pour la plupart des gestionnaires, ces caractéristiques constituent un apprentissage qui se révèle être très ardu et quelques fois impossible.  Si la technologie change rapidement, l’individu, lui, change très peu et très lentement.  C’est justement pour cela que l’entreprise doit lui permettre d’acquérir des connaissances et des attitudes qui l’amèneront progressivement à un état psychologique et intellectuel propice à la créativité.

En tant qu’individu, le gestionnaire possède ses petites manies et est habitué à un certain confort.  Ce confort se compose d’une multitude de petites choses qui trop souvent gravitent autour de la loi du moindre effort.  Les changements technologiques viennent perturber les habitudes car ils exigent à la fois des remises en question et de l’apprentissage.  De plus, de par sa nature, le changement amène avec lui l’incertitude et c’est justement le manque de préparation en vue de faire face à une situation de grande incertitude qui rend les gestionnaires si réticents aux changements.